Bols tibétains et santé mentale : ce que la recherche nous apprend sur la sonothérapie

Anxiété, stress, sommeil, activité cérébrale : la recherche scientifique s'intéresse de plus en plus aux effets des bols chantants. Les premiers résultats ouvrent des perspectives prometteuses pour mieux comprendre leur potentiel et explorer leur place parmi les approches complémentaires du bien-être et de la santé.

10/15/20267 min read

Quand l'expérience sensible rencontre la recherche scientifique

Lors d'un bain sonore, les participants décrivent parfois une sensation de relâchement profond, un apaisement du mental, une perception différente du temps ou une reconnexion aux sensations corporelles agréables. Ces expériences, aussi diverses soient-elles, soulèvent une question passionnante : que se passe-t-il réellement sur le plan psychologique et physiologique lorsque nous sommes exposés aux sons et aux vibrations des bols chantants ?

Longtemps peu documentée, cette pratique suscite aujourd'hui un intérêt scientifique croissant. Des chercheurs s'intéressent à ses effets sur l'anxiété, l'humeur, le stress perçu, le sommeil, certains paramètres physiologiques et l'activité électrique cérébrale.

Cette évolution est particulièrement intéressante : elle permet de faire dialoguer les expériences vécues par les participants avec des méthodes scientifiques capables de les décrire, de les mesurer et, progressivement, de mieux les comprendre.

1. Une recherche qui progresse

En 2020, Jessica Stanhope et Philip Weinstein (Université d'Adélaïde en Australie) publiaient une revue systématique consacrée aux effets des bols chantants sur la santé humaine. À cette époque, seuls quatre travaux répondaient aux critères de leur analyse. Les auteurs relevaient déjà des résultats intéressants sur plusieurs indicateurs psychologiques et physiologiques, tout en appelant à approfondir les recherches.

Cinq ans plus tard, le paysage scientifique a évolué.

En 2025, une revue systématique consacrée aux effets cliniques des bols chantants a recensé 19 études, dont neuf essais contrôlés randomisés. Les travaux provenaient de huit pays et portaient sur des populations et des contextes variés.

Une seconde revue systématique publiée la même année, dans la revue Healthcare, a analysé 14 études quantitatives consacrées aux effets psychologiques et physiologiques des interventions utilisant des bols tibétains chez l'adulte.

Cette multiplication des travaux constitue une étape importante. Elle permet de dépasser progressivement les premières observations isolées, de comparer différents protocoles et de préciser les questions auxquelles les prochaines recherches devront répondre.

Les études restent hétérogènes et certaines reposent sur de petits échantillons. Mais cette diversité contribue aussi à faire émerger des pistes de recherche : quels effets peut-on mesurer ? Dans quelles populations ? Avec quelle durée de séance ? Et comment distinguer la contribution du son de celle de la relaxation et du contexte de l'intervention ?

La recherche ne permet pas encore de répondre définitivement à toutes ces questions. Elle commence toutefois à fournir des éléments concrets pour les explorer.

2. Anxiété, tension et humeur : des premiers résultats encourageants

L'une des études les plus connues dans ce domaine a été publiée par Tamara L. Goldsby (Université de Californie, San Diego) et ses collaborateurs en 2016, puis dans un numéro de revue paru en 2017.

Menée auprès de 62 adultes, elle évaluait les effets d'une séance d'environ une heure de méditation sonore utilisant des bols tibétains, des gongs, des cloches et des bols en cristal.

Les chercheurs ont utilisé des questionnaires standardisés pour mesurer plusieurs dimensions du vécu psychologique avant et après la séance.

Les résultats faisaient apparaître des diminutions significatives de la tension, de la colère, de la fatigue et de l'humeur dépressive. Des évolutions favorables étaient également observées sur les mesures d'anxiété et de bien-être spirituel.

Ces résultats apportent un premier éclairage sur l'expérience de relaxation sonore : une séance peut être associée à des changements mesurables dans la manière dont les participants se sentent immédiatement après l'intervention.

L'étude ne comportait pas de groupe témoin, ce qui ne permet pas d'isoler l'effet propre des bols. Elle constitue néanmoins une contribution importante à l'identification de pistes qui peuvent désormais être étudiées avec des protocoles comparatifs plus élaborés.

Une question particulièrement intéressante pour la suite serait de déterminer si ces améliorations se retrouvent chez des personnes confrontées à un stress important, dans des établissements de santé ou dans le cadre d'un accompagnement psychologique.

3. Le corps aussi fait l'objet d'investigations scientifiques

Les effets des bols chantants ne sont pas uniquement explorés à travers des questionnaires. Certains chercheurs s'intéressent également aux réponses physiologiques qui accompagnent l'écoute et les interventions sonores.

En 2022, Nike Walter et Thilo Hinterberger, rattachés au service de médecine psychosomatique de l'hôpital universitaire de Ratisbonne en Allemagne, ont étudié 34 participants au cours d'un massage sonore aux bols.

Les chercheurs ont enregistré l'activité électrique cérébrale par électroencéphalographie (EEG), l'activité cardiaque et la respiration avant, pendant et après l'intervention.

La fréquence cardiaque moyenne est passée de 75,5 à 71,5 battements par minute après la séance. Les chercheurs ont également observé des modifications de la puissance de l'activité EEG, tandis que les participants rapportaient majoritairement une expérience subjective positive.

Ces observations sont intéressantes parce qu'elles montrent qu'il est possible d'étudier les réponses à une intervention sonore à plusieurs niveaux : ce que les personnes ressentent, ce que les questionnaires permettent de mesurer et ce que les instruments enregistrent sur le plan physiologique.

4. Sommeil, maladies chroniques et santé mentale : des perspectives à approfondir

Les revues récentes recensent des travaux portant sur des adultes présentant une détresse émotionnelle, des personnes atteintes de maladies chroniques et des patients suivis dans différents contextes de soins.

Les résultats explorent notamment l'anxiété, certains symptômes dépressifs, la qualité du sommeil, le bien-être et plusieurs paramètres physiologiques.

Des études pilotes s'intéressent également à des populations spécifiques, comme les personnes souffrant d'insomnie chronique ou de fibromyalgie. Ces travaux méritent une attention particulière, car ils permettent de formuler des questions précises sur les contextes dans lesquels la relaxation sonore pourrait présenter un intérêt.

Une intervention peut avoir un intérêt complémentaire pour la qualité de vie sans se substituer aux traitements médicaux ou psychologiques.

Pour les professionnels de santé, l'enjeu est donc d'identifier les indications les plus pertinentes, les modalités les mieux adaptées et les bénéfices que l'on peut raisonnablement attendre.

5. Quelle place pour la sonothérapie dans les parcours de soin ?

L'évolution de la littérature scientifique ouvre une perspective intéressante : celle d'une collaboration entre praticiens, chercheurs et équipes soignantes pour évaluer les interventions sonores dans des conditions adaptées au milieu médical.

À l'hôpital, des projets pourraient explorer la faisabilité de séances de relaxation sonore auprès de patients confrontés au stress ou à une période d'hospitalisation difficile.

En EHPAD, des interventions adaptées pourraient être étudiées sous l'angle du confort, de l'expérience sensorielle, de la participation et du bien-être ressenti.

Dans les structures médico-sociales, des formats individualisés pourraient être conçus avec les équipes afin de tenir compte des besoins sensoriels, des capacités de communication et des préférences des bénéficiaires.

Pour avancer, il serait utile de définir précisément les interventions : durée des séances, instruments employés, intensité sonore, fréquence, contexte et modalités d'évaluation. Des questionnaires validés, des mesures avant et après les séances et, lorsque cela est possible, des groupes comparateurs permettraient d'accumuler des données plus solides.

Une telle démarche présente un double intérêt : mieux comprendre les effets de la pratique et identifier les conditions dans lesquelles elle peut être proposée de manière pertinente, accessible et respectueuse des personnes.

La sonothérapie pourrait ainsi être explorée comme une approche complémentaire, articulée avec les soins existants et évaluée en fonction des objectifs définis avec les professionnels de santé.

6. Faire dialoguer la pratique et la recherche

En tant que sonothérapeute, je suis particulièrement intéressée par cette rencontre entre l'expérience sensible des participants et les connaissances scientifiques qui se construisent progressivement autour des bols chantants.

J'ai moi-même commencé à recueillir des retours à l'issue de mes séances. Cette démarche me donne envie d'aller plus loin : mieux documenter les expériences vécues, réfléchir aux outils d'évaluation pertinents et dialoguer avec des professionnels qui souhaitent explorer ces questions.

Les prochaines étapes pourraient consister à mieux caractériser les effets ressentis, à examiner leur évolution dans le temps et à étudier les différences éventuelles selon les publics et les modalités de séance.

Je souhaite contribuer à cette dynamique en développant des échanges avec les professionnels de santé, les chercheurs et les institutions intéressés par l'évaluation d'approches complémentaires.

La recherche sur les bols chantants reste jeune, mais elle avance. Les études publiées ces dernières années montrent qu'il est possible de formuler des hypothèses, de mesurer certaines réponses et de concevoir des protocoles de plus en plus précis.

Cette dynamique est encourageante : elle offre l'occasion de construire des ponts entre une pratique sensorielle appréciée par de nombreux participants et une démarche scientifique qui cherche à mieux comprendre ses effets.

L'enjeu est désormais de poursuivre cette exploration avec curiosité et rigueur, afin de déterminer ce que les bols chantants peuvent apporter, à quelles personnes et dans quelles conditions.

Références scientifiques principales

  • Stanhope, J. & Weinstein, P. (2020). The human health effects of singing bowls: A systematic review. Complementary Therapies in Medicine, 51, 102412. https://doi.org/10.1016/j.ctim.2020.102412

  • Goldsby, T. L. et al. (2017). Effects of Singing Bowl Sound Meditation on Mood, Tension, and Well-being: An Observational Study. Journal of Evidence-Based Complementary & Alternative Medicine, 22(3), 401–406. https://doi.org/10.1177/2156587216668109

  • Walter, N. & Hinterberger, T. (2022). Neurophysiological Effects of a Singing Bowl Massage. Medicina, 58(5), 594. https://doi.org/10.3390/medicina58050594

  • Kim, S.-C. & Choi, M.-J. (2023). Does the Sound of a Singing Bowl Synchronize Meditational Brainwaves in the Listeners? International Journal of Environmental Research and Public Health, 20(12), 6180. https://doi.org/10.3390/ijerph20126180

  • Cai, Y. et al. (2025). Therapeutic effects of singing bowls: A systematic review of clinical studies. Integrative Medicine Research. https://doi.org/10.1016/j.imr.2025.101144

  • Lin, F.-W., Yang, Y.-H. & Wang, J.-Y. (2025). Effects of Tibetan Singing Bowl Intervention on Psychological and Physiological Health in Adults: A Systematic Review. Healthcare, 13(16), 2002. https://doi.org/10.3390/healthcare13162002

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